Partir en livre – les ateliers dans les écoles avec l’Ours Plume

On entend les mines de crayon gratter le papier dans la salle de classe. Au tableau, Jordan a affiché quelques-unes de ses illustrations récentes.

Les élèves, studieux se répartissent les pochoirs aux formes d’animaux. Louise s’applique à tracer le contour avec un crayon de papier.

Ensuite, vous allez remplir la silhouette de l’animal avec des illustrations. Il faut que ça vienne toucher le bord. Comme ça, quand on gommera le contour, on verra encore la silhouette, explique l’illustrateur.

Les enfants tournent les yeux vers les feuilles de leurs voisins de tables pour trouver de nouvelles idées. Certains envisagent d’illustrer des aliments dont ce nourrit leur animal, d’autres des motifs de son environnement comme des fleurs ou des feuilles.

Alors, Némo, comment ça se passe, cette souris ?

Némo hausse les épaules. Ca mange quoi une souris ?

Ca dépend si c’est une souris domestique ou une souris sauvage, répond Jordan en se baissant vers son dessin.

La maîtresse passe autour des tables en observant les enfants à l’ouvrage.

Après avoir tracé leurs motifs, les élèves se succèdent pour choisir des feutres et des crayons de couleurs. Thaïs plonge ses mains au fond de la caisse en bois pour étudier toutes les options à sa disposition.

Léo efface une nouvelle fois l’arbre qu’il a tracé. On pourrait décalquer sur … tu, sais, l’écran … suggère-t-il à Jordan sur le ton de la plaisanterie, son sourire en coin indique qu’il pense que c’est de la triche.

Ah, oui, répond Jordan, une tablette lumineuse. Tu sais, je m’en sers aussi. Je fais mon croquis sur une feuille et décalque pour qu’on ne voit pas les traits de construction.

Maîtresse, appelle Nina, ça mange quoi les chevals ?

Les chevaux, reprend doucement la maîtresse.

Jordan s’est levé, il explique la définition de monochrome à un petit groupe d’élèves. Vous pouvez-donc composer à partir d’une seule couleur ou en utiliser plusieurs.

Je ne sais pas trop comment faire …

Jordan s’assoit à côté de Némo et regarde en l’air un moment cherchant l’inspiration puis se penche sur le dessin. Il lui montre les endroits sur la feuille où il pourrait ajouter les éléments qu’il avait en tête.

Dans la salle voisine, Agnès et Cécile font circuler une balle en papier mâché entre les enfants pour répartir la parole. Après avoir fait les présentations, chacun à son tour donne le nom d’un animal.

Crevette, lion blanc, girafe, chien, rhinocéros, loup, fourmi, perroquet.

Mince, c’est ce que je voulais dire, s’exclame Mia, elle réfléchit un instant.

Coccinelle.

La liste se poursuit. Rouge-gorge, tortue, suricate, panda roux, bourdon.

Au bout du troisième tour, les idées sont plus difficiles à trouver.

Agnès récupère la balle en papier et ajoute une consigne, cette fois-ci, nous allons énumérer des adjectifs qui pourraient correspondre à des animaux. On peut dire un loup rapide, donne-t-elle en exemple.

Ou un loup blanc, ajoute Malo, blanc c’est un adjectif puisque ça dit comment il est.

Le tour de table est lancé. Rouge, herbivore, énorme, terrifiant. Eliott cherche un peu. Multicolore, dit-il en souriant à pleines dents.

L’élève suivante fait la moue.

Je ne sais plus ce que je voulais dire.

Magique, lui souffle son amie.

Agnès se lève et distribue des cartes aux élèves. Au milieu de la table, elle dépose des images d’animaux. Le jeu consiste à trouver des rimes.

Le chat a des gros bras, répète plusieurs fois Mia en s’esclaffant. Oui, super, encourage Agnès.

Lya observe tour à tour les animaux illustrés puis son étiquette. Il y est écrit est une fripouille.

La grenouille est une fripouille, récite-t-elle.

C’est au tour de Malo. Que choisis-tu, lui demande Agnès ? Le hibou ou le kangourou ? Le kangourou, encouragent quelques copains.

Le cochon est polisson, ou le hérisson ?

Dans la classe des plus grands, les silhouettes d’animaux sont à présent terminées, remplies d’illustrations colorées. Thaïs montre le projet de l’année à Jordan qui tourne les pages avec attention.

Les élèves ont réalisé des bandes dessinées par groupe. Ils ont créé le texte et illustré avec des personnages animaux, explique la maîtresse.

Les textes des phylactères sont tapés à l’ordinateur. Les couleurs vives mêlent feutres et crayons.

Comment as-tu fait cet effet-là ? interroge Jordan.

Avec du crayon arc-en ciel.

Il y a un artiste, Benjamin Chaud qui utilise beaucoup le crayon arc-en ciel, dit Jordan. Il dessine tout avec le même crayon et il le tourne, juste.

Et là, c’est un dauphin dans une piscine, s’étonne-t-il quelques pages plus loin.

Les élèves acquissent.

Le silence règne dans la classe, quelques doux mouvements de taille-crayon se font entendre.

L’odeur chaud du lino marron me monte aux narines, j’ai le temps de m’imaginer petite, dans cette classe où je fus moi-même élève. La classe me semblait plus grande. Je m’approche pour regarder les résultats à présent terminés. Quelques enfants se sont levés et entreprennent à le queue leu leu de me montrer leurs réalisations. Un lapin, un oiseau, un dinosaure, un autre lapin plus foncé, avec, dans l’abdomen une maison de bois. Je les pose sur une table et les prends en photo.

C’était trop bien, s’exclame Louise, j’ai envie d’en faire un autre !

On pourra les rapporter à la maison ? demande Léo.

On va d’abord les exposer au village de l’Ours Plume, explique la maîtresse. Vous pourrez aller les voir exposés samedi après-midi.

Nous assurons aux enfants que nous leur rapporterons leurs illustrations une fois l’exposition terminée.

Je quitte la classe pendant que les enfants rangent consciencieusement les feutres dans la boîte. Louise tient dans les mains un des albums de Jordan, son amis Thaïs, oralise la lecture, penchée sur son épaule.

Photographie Even Li

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